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Interview : et on se laisse porter par le charme d’un VOYOU !

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Tee Reyx

« La mode passe, le style reste » Yves Saint Laurent

Mar 30
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En décembre dernier, en plus des pépites The Midnight Revolution et Le Groupe Obscur, j’ai fait une rencontre toute particulière. Une rencontre avec l’enfance, fluide et aquatique, pleine de malice : j’ai rencontré VOYOU. Ce projet, c’est Thibaud Vanhooland. Si ce nom vous dit peut-être quelque chose, c’est parce que le kiddo ne sort pas juste de sa coquille, même s’il en a tout l’air. Asseyez-vous, je vous raconte…

Une pop (pas si) naïve

VOYOU, c’est l’art de pointer du doigt des failles de ce monde d’adulte avec un regard enfantin. On se laisse rapidement charmer par ce langage à la fois très direct et tout doux, très innocent. Sur scène, Thibaud est seul – ou presque. Car ses amis imaginaires s’invitent tous à la fête. En effet, ils dansent allègrement entre les projections de feuilles tropicales, les coups de percussions d’une précision rare et les volutes enchantées qui s’échappent de sa trompette. Et je danse avec eux. Alors oui, on se régale devant une maîtrise du show parfaite, tout en fragilité et sourires que l’artiste a probablement acquis à travers l’expérience de ses projets précédents : Rhum For Pauline, Elephanz et Pégase.

Cet univers, il nous fait aussi plonger dedans dans ses clips oniriques et ingénus. Voici son dernier trésor, « Seul sur ton tandem », que vous risquez fort d’écouter/regarder en boucle. Mais promis, ça ne vous fera que du bien !

Pour un VOYOU pas si voyou

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(c) Thérèse Sayarath

S : T’as l’air de tout sauf d’un Voyou, pourquoi ce nom ? C’est quoi le truc le plus « voyou » que tu aies fait ?

V : Y a pas vraiment d’explication. J’aime bien le mot « voyou » parce que ça a l’air péjoratif mais ça ne l’est pas vraiment. Le voyou, on lui pardonne toujours de faire ses petites bêtises. Le truc le plus voyou que j’aie fait, c’est inonder un immeuble entier d’un internat parce que j’avais arraché le radiateur qui était au mur et que ça a arraché le tuyau et que tous les radiateurs des étages du dessus se sont déversés à cet étage-là. C’était drôle sur le moment mais après j’ai passé toute la nuit à éponger. Ça c’est moins voyou déjà. Tu sais quand t’es dans la flotte avec des wassingues (*serpillières en ch’nord)… Bah ouais, faut assumer ses conneries. Mais en vrai, c’était voyou parce que tous les gars étaient là, même le mec de l’entretien qui dormait juste en dessous parce que ça a fait un boucan pas possible. Et en fait ça les a tous fait ultra rire de voir le truc qui était entrain de dégouliner, donc on m’en n’a pas vraiment voulu. J’ai eu genre 6 heures de colle pour avoir inondé tout cet internat. Ça veut bien dire que je suis un peu un voyou quand même.  Sachant qu’il y a des mecs qui répondent à leur prof et qui se prennent deux semaines de colle. En fait, c’est pas le truc le plus voyou que j’aie fait, mais du coup je te raconterai pas, surtout pas avec un truc qui enregistre.

S : Est-ce que tu aimes ta carrière solo, so far ? Seul sur scène, c’est pas trop dur ?

V : Nan, j’aime beaucoup le fait d’être tout seul. Enfin, la carrière solo et le fait d’être tout seul sur scène c’est deux choses différentes quand même. Mais le fait d’être tout seul sur scène, j’adore ça parce que je peux avancer très très vite et que je peux faire un morceau un jour et le jouer le soir à un concert si j’ai envie. Donc ça c’est quand même super pratique. Ça me permet de toujours pouvoir modifier les choses et passer moins de temps en répétition aussi. Parce qu’à un moment quand j’avais mes trois autres groupes en même temps, je passais 40 heures par semaine répétition et au bout d’un moment, ça a commencé à m’épuiser vraiment beaucoup. Surtout quand t’es en répète avec les egos de tout un chacun, ça peut vite devenir très compliqué. Et du coup le fait d’être tout seul, ça permet d’être super libre dans ma manière de gérer mon emploi du temps, de gérer la manière dont j’ai envie de faire de la musique donc voilà, c’est cool. Ah oui j’ai vu dans un documentaire sur Fishbach de son passage aux Trans y a deux ans où elle disait que « tout seul on allait très très vite et qu’en groupe on allait très très loin ». Et du coup je me dis que peut-être qu’un jour j’aurais envie de rejouer avec des musiciens quand même.

S : Ta musique me fait penser à l’ennui d’un enfant, celui que les adultes n’ont plus, celui qui développe l’imagination. Tu es d’accord ?

V : Question très pertinente et très cool parce que je parle beaucoup de l’ennui justement, de tout ce qui est beau et qui émane de notre ennui. Je me suis bizarrement pas trop ennuyé quand j’étais gamin. Mais par contre j’étais dans des endroits où les gens s’ennuyaient énormément. Et du coup je devais faire preuve de beaucoup d’imagination pour ne pas m’ennuyer et je pense que c’est ça qui m’a fait faire énormément de choses créatives différentes. Que ce soit de la musique, de la couture, du dessin, des trucs comme ça… C’est vraiment un truc qui est venu du fait que j’étais dans un endroit où tout était réuni pour que je m’ennuie très fort. Mais sauf que j’avais pas trop envie de m’ennuyer et du coup, voilà.Je trouve que de l’ennui, il y a beaucoup d’espoir qui peut sortir et je sais pas, c’est un thème qui m’intéresse vachement. En fait quand t’es adulte tu te poses la question de savoir comment tu vas faire pour plus t’ennuyer alors que quand t’es enfant tu trouves naturellement quoi faire.

Moi je m’impose le fait de m’ennuyer parce que ça me fait vachement de bien dans ma vie. Je suis pas stressé par l’ennui. J’ai plein de copains – surtout des filles d’ailleurs – qui sont très perturbé(e)s avec le fait de n’avoir rien à faire. Qui vont paniquer parce qu’elles s’ennuient. Des garçons aussi hein… Mais beaucoup de copines filles.

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(c) Thérèse Sayarath

S : T’as fait de la couture ?

V : Oui, j’en fais toujours. J’en fais pas de manière professionnelle hein. Je me fais des fringues, je fais des cadeaux pour ma famille, des peluches pour mes petits neveux et nièces, plein de trucs, quoi. Je répare beaucoup et transforme beaucoup de fringues. Je m’en fabrique aussi. Mais je l’ai pas eu pendant un moment parce j’étais toujours barré à droite à gauche alors je l’avais pas entre les mains, et en ce moment elle est chez Emma de Bagarre parce qu’elle voulait absolument faire tous ses cadeaux de Noël avec, alors je lui ai prêté ma machine. Alors même là, depuis que je suis là* (*à Paris, NDLR) j’ai je l’ai récupérée un peu, j’ai eu le temps de faire deux-trois trucs. Mais là ça me manque un peu, je vais m’y remettre bientôt je pense.

Mais en fait c’est comme le dessin. Je dessine beaucoup aussi. Là, ce qui est cool c’est que pour mon live j’ai dessiné plein de trucs. J’avais des images très précises en tête. Au début je voulais faire ça avec un réal et en fait je me suis dit que je préférais faire ça avec mon iPhone. Pour les vidéos, j’ai fait ça avec Paint. J’ai tout fait image par image. Et après j’étais avec un copain qui a un logiciel de montage et qui sait faire ça parce que c’est son métier. Il a monté toutes mes idées. Il a transformé deux-trois trucs, on a récupéré des images à lui aussi. Et donc du coup ça m’a permis de redessiner vachement. Mais du coup sur un courte période. C’était presque un prétexte, comme pour la pochette. Ça m’a permis de redessiner.

Mais la couture j’ai pas encore trouvé le moyen d’inclure ça pour pouvoir dire à mon label « tu sais là, je vais devoir faire de la couture pendant deux semaines »…

S : Huîtres, crevettes, raie manta dans tes vidéos… L’élément « eau » t’inspire beaucoup. Pourquoi ?

V : Parce que j’aime beaucoup l’eau. J’aime vraiment beaucoup l’océan. Vu que j’étais à Nantes, j’étais quand même à côté de la Bretagne, à côté de la Vendée, à côté de plein de plages magnifiques, surtout plein de d’endroits sauvages au-delà des plages, des espèces de côtes absolument sublimes. J’ai beaucoup fréquenté les endroits où il y avait la mer et je sais pas, y a un truc. Je trouve que c’est un endroit fascinant parce que c’est un endroit super mystérieux et qui n’est pas du tout visible. C’est un environnement dans lequel on ne peut pas évoluer, nous, tu vois – pas naturellement en tout cas – et du coup sur lequel on a une emprise un peu plus limitée presque – même si on est capables de faire bien bien de la merde – mais pour autant y a quand même plein de trucs qui nous échappent complètement. En fait je trouve que les choses les plus belles c’est les choses qui nous échappent et les choses sur lesquelles on peut avoir notre propre interprétation et se construire tout un imaginaire. Et la mer, malgré le fait qu’il y ait des caméras qui puissent aller maintenant dans les fonds marins à je ne sais combien de milliers de mètres de profondeur, on connaît rien de la communication entre les animaux marins. Du coup tout l’imaginaire qui s’est développé au fil des siècles autour de ça est super beau je trouve, super chouette, très mystique. En fait c’est comme si on avait une sorte de monde ésotérique mais genre sur terre quoi, qui était devant nous.

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S : La femme aussi, on dirait… Tu peux m’en dire plus l’image de la sirène (« On s’emmène avec toi », « Le naufragé ») ?

V : « On s’emmène avec toi » ça ne parle pas d’une femme particulièrement. Ça pourrait être un gars comme une fille. C’est ces personnes qui évoluent dans un décor qui leur correspond pas et dans lequel ils sont complètement diminués alors qu’ils ont probablement plein de talents et plein de ressources. Et que la même personne dans un autre décor pourrait être quelqu’un d’incroyable mais qu’en fait elle se retrouve à être diminuée dans le décor dans lequel elle évolue. Et du coup c’est plus un morceau qui dit que t’es différent que par rapport aux personnes avec qui tu te trouves au moment où tu te trouves. Voilà, je partais un peu des freaks, tout ça. J’ai toujours aimé graviter autour de groupes de personnes un peu freaky tu vois mais qui sont différentes mais qui se sont bien trouvées et donc qui n’ont aucun mal à évoluer et à être qui ils ont envie d’être, qui ils sont vraiment, tu vois. Ils ont pas de mal avec ça parce qu’ils sont avec des personnes qui respectent ce truc là et potentiellement sont aussi comme eux. Du coup c’était plus ce truc-là.

Dans le naufragé, je sais pas trop si le terme de « sirène » est bon. En plus pour ce coup c’est plus la femme qui reste au port. C’est tout l’inverse de la sirène parce qu’elle l’attire très profondément vers le ravin, mais pour autant il arrive à partir même si son cœur reste sur le rivage. Donc je sais pas. Je pense que fait qu’il y ait tout cet environnement pousse au fait que t’aies envie de voir une sirène. Mais chacun y voit la fille qu’il a envie de voir, la personne qu’il a envie de voir.

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(c) Thérèse Sayarath

S : Tiens, tu pourrais me citer 3 artistes femmes que tu admires ?

V : Y en a plein en fait. Là en ce moment une femme que j’écoute vraiment beaucoup qui est vraiment pas très connue mais qui m’a vachement inspiré ces derniers temps c’est une nana qui s’appelle Emahoy Tsegue Mariam Gebrou. C’est genre une nonne Éthiopienne – je suis pas du tout religieux donc je sais pas où est sa définition au sein de l’église et tout mais – en gros c’est une bonne sœur quoi dans un couvent, qui devait jouer du piano toute la journée. C’est une espèce d’Erik Satie Éthiopien. C’est hallucinant ce qu’elle fait. C’est ultra beau et y a une espèce de sensibilité, de fragilité. Y a cette espèce de truc qui est ultra pur et ultra candide et comme si c’était le vrai truc de la vierge marie. Et ce qu’elle joue c’est ultra sensible, ultra beau et ultra préservé tu vois, un truc très apaisant du coup. Parce que la nana devait avoir une vie genre super apaisante et vivre dans un endroit hors du monde. Parce que quand t’es bonne sœur dans un couvent en Ethiopie, je sais pas si t’en chie mais en tout cas tu vois pas grand chose de l’extérieur. Et du coup elle t’offre son intimité de ce truc là et elle fait des chansons. Enfin c’est juste du piano quoi. C’est juste elle tout seule au piano et ça parle de sa mère et de trucs comme ça mais qu’avec des notes, y a rien d’autre. Elle, elle m’inspire beaucoup. Bon elle est décédée je pense.

Et sinon aussi Gena Rowlands et Brigitte Fontaine.

S : Je ne sais pas si c’est parce que je suis asiatique, mais j’entendrais presque des inspirations d’extrême orient dans le gimmick de « Seul sur ton tandem », c’est une hallucination ?

V : Bah ouais si, y en a dans quelques morceaux. Y en a d’autres aussi, j’ai un morceau qui s’appelle « La légende urbaine » où le thème, soit on me dit que c’est breton, soit on me dit que c’est genre asiatique dans les sonorités. Je pense qu’il y a un petit truc, je sais pas. J’ai écouté un peu de musique asiatique et notamment des musiques psychés japonaises tout ça. Ça a d’abord été une musique très loin de moi la musique asiatique, aussi parce que je voyais ça qu’à travers les vidéos internet et je voyais que des « techniciens » – ces mecs qui faisaient de la musique occidentale en Asie. Du coup qui avaient leur interprétation, mais ça marchait pas du tout.

Mais après j’ai découvert déjà beaucoup de musiques traditionnelles avec des percussions absolument incroyables et des instruments qui ont des sonorités folles et ça m’a vachement intrigué. Et puis après aussi, beaucoup dans les sonorités noise là-bas mais ça n’a rien à voir.

Sinon le son que tu dois prendre pour un son asiatique dans « Seul sur ton tandem » en fait c’est un truc que j’ai rippé sur YouTube. C’est genre une classe de gamins je sais pas dans quel pays c’est, mais c’est un pays du Maghreb où en fait toute une classe de gamins est entrain de jouer à l’unisson sur une espèce de oud. Ils sont entrain de répéter en classe avec leur prof et du coup j’ai samplé une des notes qui est un peu longue et j’en ai fait un son de synthé. C’est comme ça que j’ai fait le truc de « Seul sur ton tandem ». Mais en vrai je ne « cérébralise » pas autant que ça quand je le fais. Mais en tout cas c’est cool si ça fait penser à ça.

S : Vêtement fétiche sur scène?

V : J’en ai eu plusieurs en fait. Y a un moment je portais une espèce de combi que j’avais dessinée, que pour le coup j’ai fait faire à une copine parce que j’avais pas de machine et que c’est son métier. Mais ça je l’ai abandonnée et maintenant, j’ai une veste de travail. En fait j’aime bien avoir un vêtement qui corresponde à un travail. Pas un uniforme, mais un bleu de travail. J’aime bien cette idée que je vais au taff, je vais au charbon, quoi. Mais non sinon j’ai pas encore trouvé… Y a un moment j’avais une paire de chaussettes fétiche que je mettais tout le temps pour mes concerts parce qu’elles étaient à paillettes et que j’aime bien les paillettes mais je les ai perdues et voilà. J’ai une paire de baskets en ce moment que j’aime bien. Jusqu’à ce qu’elles soient mortes, je vais les porter.

S : Quelle est la dernière chose qui t’a touché?

V : Le concert de Concrete Knives. Un peu de nostalgie là-dedans. Mais ça m’a beaucoup touché.

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Retrouvez VOYOU sur sa chaîne YouTube et en concert le 9 avril à la Maroquinerie ou près de chez vous en jetant un coup d’œil par ici !

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