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Interview : Le Groupe Obscur

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Tee Reyx

« La mode passe, le style reste » Yves Saint Laurent

Fév 7
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Aux Festival des Trans Musicales en décembre dernier, nous avons eu la chance d’interviewer Le Groupe Obscur (« LGO » pour les intimes). C’était un jour avant leur sublime prestation à l’Étage. On a parlé musique, mode et féminité dans une ambiance douce et mystique… On vous emmène faire un tour dans leur univers tout particulier.

L’ombre et la lumière

Avec LGO, on plonge dans une dream pop qui agite les remous de l’âme. On y trouve des épisodes sombres, autant que d’éclats lumineux. Car – comme le disait le grand maître Soulages – l’ombre n’existe pas sans lumière. Et vice versa. Certaines choses nous semblent familières, voire confortables. D’autres nous déroutent autant que l’Obscurien (langue inventée par le groupe).

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(c) Thérèse Sayarath

En live, ils se livrent à un spectacle tout à fait époustouflant. Deux créatures divines et surréalistes errent avec grâce autour des musiciens visiblement habités par une force surnaturelle. Les costumes, la mise en scène, la voix de Delamore (chanteuse lead), vous précipitent vers une rêverie infinie dans laquelle on plane les yeux et le cœur grands ouverts. Ma perception du réel est définitivement chamboulée. C’est ainsi que je me laisse happer par une moelleuse mélancolie qui plus jamais ne me quittera.

Quelque part dans l’Angleterre des années 80, Le Groupe Obscur surprend par sa capacité à synthétiser le make up de The Cure, une scénographie digne des spectacles de Rammstein et un esprit aussi décalé que celui de Stupeflip pour en faire quelque chose de tout à fait singulier. Ouais, ça fait beaucoup pour un seul groupe de jeunes Rennais…

Le Groupe (Clair-) Obscur, donc

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(c) Thérèse Sayarath

S : Le Groupe Obscur, à l’origine, vous êtes une bande de potes ?

LGO : Absolument ! On se connait depuis longtemps, et on a un pré-LGO commun. C’est d’ailleurs un fait important, car on a besoin d’unité dans l’univers que l’on propose. Notre musique et tout ce qui l’entoure sont fondés sur un engagement total qui implique de la confiance. Ce sont nos personnalités et notre quotidien partagé qui impactent le plus directement ce qu’on fait, d’où les attitudes complices, fun et spontanées qui émanent du Groupe Obscur. Donc voilà, l’amitié est dans la musique conducteur d’intentions.

S : C’est qui, le plus obscur d’entre vous ?

LGO : C’est un titre très convoité, alors on s’en sortira en disant que chacun incarne une différente facette de l’obscurité.

S : Pourtant, dans ta voix, Delamore, il y a beaucoup de lumière (d’ailleurs sur vos chapeaux aussi). C’est un contraste voulu ?

LGO : Les contrastes, c’est notre credo. Je ne dirais pas qu’ils sont « voulus » dans le sens où on n’en fait pas un plan d’action, mais quoiqu’on fasse on est instinctivement rappelé à cet équilibre latent entre lumières et ténèbres, comme s’il fallait sans cesse compléter une force par une autre. Il y a de la lumière dans ma voix, mais il y en a partout ailleurs dans LGO. On va vers une musique où toutes les sensations doivent pouvoir être perçues, et la façon qu’on a de les doser dessine notre identité. N’importe quelle émotion, sentiment, gagne en puissance s’il est hybride, juste à l’image de l’existence faite de ressentis entremêlés.

Aussi une fois, un journaliste m’a demandé si chanter aigu était pour moi une sorte d’engagement existentiel pour me faire entendre malgré l’intensité du reste. J’ai trouvé la question très intéressante, qui évoque encore des contrastes avec l’expression de la colère comme du désir.

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(c) Thérèse Sayarath

S : J’adore vos costumes, je les trouve absolument géniaux, en plus il paraît que vous les faites vous-mêmes. Pourquoi avoir choisi de vous présenter/représenter ainsi ? S’agit-il d’une seconde peau, d’un déguisement, d’une armure ?

LGO : Seconde peau oui, déguisement non, armure carrément. On prend ça très au sérieux dans le sens où on est très fiers de les porter. C’est euphorisant de se préparer avant un concert ou une interview, de susciter la surprise et d’attirer l’attention. De se costumer nous lie implicitement et inévitablement dans l’expérience : ça nous fédère et nous renforce. Qu’ils soient fait maison et donc uniques fait qu’on ne les subit pas, ils nous appartiennent et sont un prolongement de nous. En plus créer un costume appelle à en créer un autre et c’est sans fin ! Alors on se donne la liberté de s’habiller comme on veut dans un espace où c’est encouragé, notre souhait étant que cette possibilité s’étende au quotidien.

S : Il y a une place particulière de la Femme dans votre groupe. C’est une reine, une impératrice, une prêtresse… Une femme de pouvoir ?

LGO : Dans la manière qu’on a d’organiser la scène, de se costumer, ou même de faire de la musique c’est vrai que je me positionne singulièrement. C’est dû au fait que je sois la seule fille, que j’assure le lead et j’impulse je fabrique et beaucoup de choses dans l’univers global du groupe, dont les costumes, l’Obscurien, ou dernièrement le Jeu De Tarot Divinatoire. Mais si je tiens à appuyer ma force dans LGO – et partout d’ailleurs, c’est plus une revendication personnelle appuyée par les autres qu’une une visée de démarcation, ou d’écrasement. On n’a pas de hiérarchie. Que les quatre Obscurs soient mes potes, ça veut aussi dire qu’on discute, qu’on se connaît, et que la place de la femme en musique est un sujet dont on parle souvent. On est d’accord là-dessus, et que je soit leur égal est juste évident. Alors oui pour l’impératrice, la prêtresse, mais qui règne avec quatre rois à ses côtés !

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(c) Thérèse Sayarath

S : Delamore, quelles sont tes icônes ?

LGO : Bon alors icône c’est quand même super-puissant comme mot, alors je dirais plus qu’il y a des personnes à l’aura magnétique. Je pense à Moebius, Siouxsie ou Pj Harvey. Luisa Casati et ses apparats dingo. Mais aussi des gens inspirants de mon entourage. Et puis sinon j’ai découvert Docteur Who il n’y a pas longtemps et je suis fan du concept « on va dans la machine et en route pour l’infini ! ».

S : Qu’aimerais-tu dire aux jeunes artistes femmes qui se lancent dans la musique aujourd’hui ?

LGO : Qu’il faut y aller sans hésiter et surtout ne jamais se laisser parasiter par des circonstances ou attitudes sexistes. Entre paternalisme, indifférence ou condescendance, on peine à trouver des situations où l’on ne se pose pas la question de la légitimité. Le malaise est tellement profond que plus personne ne sait comment se comporter, alors qu’il ne devrait pas y avoir de comportement spécial à adopter. Bien sûr je ne mets pas tout le monde dans le même panier, et il n’est pas difficile de se faire des alliés chez les hommes comme chez les femmes avec qui mettre des mots sur cette gêne souvent tacite.  De fait j’ajouterais qu’il faut être solidaire. C’est un milieu où se faire une place en tant que femme est laborieux, aussi en retour on a tendance à être dans la défiance vis-à-vis des autres filles, ce qui ne fait qu’entretenir le problème. Big-up aux copines de Kcidy, Tôle Froide et Train Fantôme, femmes fortes et éclairées !

S : Quel est ton vêtement/accessoire fétiche pour monter sur scène?

LGO : Le Maxmalex Darƨa ! C’est le symbole de LGO, on a chacun un sur scène et dans la vie quand ça nous chante, épinglé sur la poitrine.

S : Quelle est la dernière chose qui vous a touchés ?

LGO : Pendant les Trans on a costumé nos potes avec des « Masques De Clairvoyance », qui sont des loups équipés d’yeux lumineux. Vus de la scène, ils étaient une communauté de regards bienveillants parsemés dans la salle et c’était vraiment encourageant. Récemment aussi Neil Young a rendu toutes ses archives publiques et c’est dingue.

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(c) Thérèse Sayarath

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